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Une maison construite grâce à la technique de la Voûte nubienne.

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Depuis 2000, l’association la Voûte nubienne a aidé à réaliser plus de 1 000 chantiers qui ont bénéficié à près de 11 000 habitants, dans 400 localités différentes, d’abord et surtout au Burkina Faso, et désormais au Sénégal, au Mali et d’autres pays d’Afrique. L’enjeu : permettre à tous, y compris les plus démunis, de construire leur propre logement, juste avec de la terre.

La remise au goût du jour d’une technique de l’Antiquité

À Boromo, au Burkina Faso, il a fallu du temps avant de convaincre les habitants que l’on pouvait construire sa maison sans bois ni tôle. Dans cette petite bourgade de moins de 20 000 âmes, l’idée a été présentée pour la première fois il y a une petite vingtaine d’années, lors d’un festival annuel réunissant des artisans venus du Burkina Faso, auxquels étaient associés quelques étrangers. Thomas Granier, maçon français, y était, avec une idée en tête : réactiver un procédé de construction utilisé dans l’Égypte antique, appelé la voûte nubienne. Le principe est simple en apparence : construire une maison au plafond voûté en n’utilisant que de la terre et, pour les fondations, des rochers trouvés dans la nature. En ces temps de bois rare et cher, son exploitation intensive contribuant à l’avancée du désert, la terre et la pierre ont l’avantage d’être écologiques, et plus que concurrentiels : « cadeau » (ou pas loin) !

Une technique désormais présente dans six pays d’Afrique noire

Séri Youlou, cultivateur comme presque tous les habitants de la région de Boromo, décide donc de prêter main-forte au maçon français. En 1998, ils font leur premier essai. À améliorer. En 2000, ils se lancent dans d’autres constructions, dont une avec un étage entièrement en terre. Du jamais vu à Boromo, où le toit de tôle – bien que fort cher – prenait peu à peu la place du toit traditionnel (paille et bois) qu’il fallait régulièrement refaire quand frappaient les premières pluies. Précisément : en cette année 2000, les orages sont violents et les paysans viennent régulièrement vérifier l’état de la maison et de son toit en terre face à de telles intempéries. Bonne nouvelle : elle est intacte, et son toit terrasse parfaitement étanche n’a pas même laissé filtrer une goutte.

Le procédé a démontré sa viabilité ; il ne reste plus qu’à le diffuser. C’est ce que s’ingénie à faire depuis l’an 2000 l’association Voûte nubienne, qui fait essaimer ce type de construction (désormais présent dans six pays) et forme des maçons qui proposent leurs services dans leur village ou plus largement leur région. 259 maçons, artisans et entrepreneurs ont ainsi été formés. Certains d’entre eux ont même aidé à former les maçons d’autres pays, car l’association a fondé des antennes au Sénégal (voir la vidéo), au Mali, au Bénin et au Ghana. Des maçons de Zambie et de Madagascar ont eux aussi été formés par leurs homologues d’Afrique de l’Ouest.

Former un ou des villageois pour devenir eux-mêmes maçons

Séri Youlou, a été le premier directeur de la Voûte nubienne au Burkina Faso, expérience « rétro-futuriste » qui n’a pas immédiatement convaincu les villageois, de Boromo puis d’ailleurs dans la région : « Pour les paysans, dit-il, ce n’était pas facile d’accepter une construction sans bois, sans paille, sans tôle. Alors on a dit au premier paysan intéressé : “Si tu peux amener le matériel (terre, rochers), on construit chez toi et en même temps on va trouver quelqu’un à former dans le village pour faire ça avec nous, et ta maison sera la maison témoin.”» Cette façon de procéder permet de réduire les coûts pour tous, mais aussi d’alimenter l’économie interne du village. C’est ce qu’explique l’expert : « Celui qui veut faire sa maison ne débourse pas un franc pour payer la main-d’œuvre : il réunit un groupe d’amis, et ne prend à sa charge que les repas pour ceux qui travaillent. Ici, on n’a pas d’argent, mais on a du temps : quand la saison des cultures est finie, on a du temps pour construire. Au village, les gens continuent à pratiquer cette entraide. Quant aux maçons, qui sont presque tous des cultivateurs, ils complètent leurs revenus en louant leurs services pendant cette saison. »

Des constructions qui durent

L’un des paradoxes de cette technique venue de l’Antiquité est le caractère durable des maisons ainsi construites, dans tous les sens du terme. Séri Youlou se souvient : « Au temps de mon père, on avait une maison à toit en bois lourd, très résistant, et on ne le changeait qu’une fois tous les dix ans. Quand j’ai eu ma maison, on ne trouvait plus de bon bois, et on devait le changer tous les trois ans – les pluies le faisaient pourrir, et les termites le mangeaient. À chaque pluie, il fallait monter sur le toit pour remettre les choses en place. Ma maison en terre, en revanche, n’a pas bougé depuis quinze ans, y’a rien qui va pourrir là-haut. Et puis, en construisant comme ça, on a aussi un toit terrasse sur lequel on peut, par exemple, faire sécher le grain. Quant aux tôles, pour un toit de maison standard, il faut débourser 80 à 90 000 francs CFA (120 à 135 euros), c’est une grosse somme. » La Voûte nubienne permet d’économiser cet argent et, par exemple, de « consacrer cette somme à investir dans la santé ou l’éducation des enfants. »

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