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Portrait de Florence Delisle-Errard porteuse du projet Habitats des possibles

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Le placement en maison de retraite est toujours un déchirement pour les familles.      L’association Habitats des possibles cherche et commence à mettre en place des solutions alternatives pour que le vieillissement ne soit plus une mise à l'écart de la société.

Qui n’a pas entendu l’histoire d’un grand-père qui a refusé, mordicus, la maison de retraite, d’une grand-mère qui est restée chez elle alors qu’elle était de plus en plus fragilisée, isolée ? De cet autre aïeul qui est allé en EHPAD, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, parce que les aidants ne pouvaient plus faire face, au risque ensuite de se laisser « glisser » ?

Ces interrogations, parmi tant d’autres, furent le point de départ de l'aventure de l'association Habitats des Possibles. « Des situations comme celle-là ont déchiré des familles », insiste Florence Delisle-Errard, porteuse du projet. Elle s'est donc entourée de professionnels du médico-social, de l'habitat et d'entrepreneurs sociaux afin de constituer des collèges de réflexion susceptibles de trouver des solutions alternatives à la prise en charge classique, pas toujours adaptée, des personnes âgées. L'appréhension de la perte d'autonomie et l'éloignement du cadre familial sont redoutés, selon Florence Delisle-Errard, qui a mené une petite enquête auprès d'habitants de la Gironde, courant 2016. À cela s'ajoute le coût, insupportable pour trop de familles, d'un placement en maison de retraite. Selon la DGCS, Direction générale de la cohésion sociale, le coût moyen serait de 2 900 euros, dont 1 200 euros en moyenne à la charge des familles. Rappelons que la retraite brute moyenne d'une femme seule est de 993 euros ! « Il fallait trouver des alternatives à la fois économiques et respectueuses des individus », reprend la fondatrice d’Habitats des Possibles.

À la recherche de solutions nouvelles d’hébergement des anciens

Florence Delisle-Errard et ses collaborateurs décident donc de faire un tour d'horizon des initiatives de la sorte, alternatives, qui existent déjà en France et en Europe. Pour trouver les solutions les plus innovantes, il faut se tourner du côté de la Belgique, des Pays-Bas ou de l'Allemagne. Mais aussi vers l’Hexagone ! Des poignées de « défricheurs » ont déjà mis ces solutions en place en Indre et Loire (Agévie), en Corrèze (Jardin des Aînés) ou ailleurs. Habitats des possibles s'intéresse de très près au réseau de l’habitat partagé et accompagné, fondé en mars 2016, qui propose une colocation de quatre à cinq personnes maximum où chaque habitant dispose d'un espace privatif d'environ une trentaine de mètres carrés. La maison est complétée par des pièces communes comme la cuisine, ainsi qu’un jardin que tous partagent aussi. La gestion (ménage, préparation des repas, petites réparations...) est confiée aux habitants, aidés par un travailleur social, responsable du bon fonctionnement de la maison et de la résolution d'éventuels conflits ou problèmes.

Cette solution répond aux trois exigences de départ de l’association. Tout d’abord, les habitants restent autonomes et sont responsables de leur habitat. « “Je suis encore capable, actif et utile aux autres”, est la phrase que j'entends le plus souvent », confie Florence Delisle-Errard. Ensuite, les habitants demeurent dans un cadre familier. Lorsque qu'ils emménagent, les « colocataires » peuvent emporter leurs meubles et donc garder leurs repères. Enfin, cette formule d'hébergement est plus économique, le loyer de la maison étant mutualisé entre les résidents. Idem pour le fonctionnement quotidien de la maison proposée par Habitats des Possibles : le loyer et les factures (électricité, eau...) seront mis en commun, ainsi que les éventuels services et activités, laissant la liberté aux habitants d'y souscrire ou non. « Autre point important, il faut que la maison soit située en centre-ville ou proche de moyens de transport pour ne pas que les personnes âgées soient isolées géographiquement », explique Florence Delisle-Errard. Pour les entrepreneurs sociaux d'Habitats des Possibles, l'essentiel est de proposer un habitat adapté, mais également de permettre aux résidents de conserver une vie sociale normale.

Les zones rurales particulièrement oubliées

Cette initiative s'adresse particulièrement aux zones rurales ou péri-urbaines. Parallèlement aux problèmes liés à la perte d'autonomie, à la perte de repères familiers et aux coûts exorbitants, les zones rurales souffrent du manque de places en institution : « Il faut parfois attendre plus de deux ans, pour obtenir une place en maison de retraite. » Les villages ou villes en zone péri-urbaines sont donc privilégiés pour l'implantation de maisons. « Dans un premier temps, il faut que l'on trouve les terrains pour pouvoir y construire ou acquérir des maisons à rénover. » Habitats des Possibles a pu bénéficier d'une aide de la région Nouvelle Aquitaine à hauteur de 30 000 euros étalés sur deux ans, sans oublier la participation de certains maires intéressés par cette solution. « Malheureusement, question finance, toutes les communes ne sont pas placées à la même enseigne ! », ajoute Florence.

Dans cette quête de fonds, Habitats des Possibles a participé en 2016 au Prix de la Fondation Cognacq-Jay. Résultat : lauréat dans la catégorie Vision, l'association a bénéficié d'une dotation de 5 000 euros et d'un accompagnement durant six mois. « Une reconnaissance de l'intérêt de notre projet et une source d'encouragements. Nous avons également gagné en visibilité avec la publication de nombreux articles de presse », se réjouit Florence.  À l'heure actuelle, l'association s’est vue proposer une première maison dans le village de Lestiac, près de Bordeaux. Les concertations ont commencé avec les habitants et les services d’accompagnement locaux. Si le budget nécessaire est réuni, les premiers habitants sont attendus d'ici un peu plus de deux ans.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Selon la DGCS (Direction générale de la cohésion sociale), le coût moyen d’un placement en maison de retraite est de 2.900 euros (données 2012).