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Et si l’entrepreneuriat était l’un des meilleurs moyens pour aider les femmes, victimes de violences, à s’émanciper financièrement et psychologiquement ? Telle est la conviction de l’association Led by Her, qui commence à se concrétiser grâce à de premières réussites.

« Travailler et se concentrer sur l’avenir pour oublier. » C’est ainsi que Chiara Condi explique son initiative Led By Her, qui vise à aider et soutenir les femmes victimes de violences dans leurs projets entrepreneuriaux. Tout a commencé lorsqu’elle travaillait à la Banque européenne de reconstruction et développement, où l’italo-américaine a pu se rendre compte de fractures évidentes : accès plus restreint au marché du travail pour les femmes et salaires inférieurs par rapport aux hommes.

Constatant également que les conséquences de la crise économique de 2008 affectaient plus durement les femmes, notamment celles déjà fragilisées ou dépendantes financièrement, Chiara s’engage dans diverses associations qui militent et agissent pour le respect des droits des femmes. « J’ai vite compris les limites de la prise en charge de ce public qui n’allait pas jusqu’à l’aide à la reconstruction professionnelle, malgré le besoin exprimé par ces femmes. » Led By Her voit donc le jour en 2014 pour répondre à ce besoin. La plupart des associations d'aide aux femmes, victimes de violence, sont assez « généralistes » : elles proposent du soutien autant sur le plan psychologique que sur le plan pratique, via la recherche d'appartements ou encore la mise en place de plans de formation. Pour répondre à ce qu’elle ressentait comme une nécessité peu ou mal couverte, Led By Her s’est spécialisé en ne se consacrant qu'à l'aspect professionnel, afin d’offrir l'aide la plus performante sur ce terrain spécifique.

Un réseau de deux cents bénévoles 

Pour mettre en place un programme d’initiation à l’entrepreneuriat, complet et adapté, Chiara Condi se rapproche de deux écoles de commerce, l’ESCP (École supérieure de commerce de Paris) et l’IESEG (Institut d’économie scientifique et de gestion), et tout particulièrement de deux professeurs, Sylvain Bureau et Janice Byrne. Ils assureront la direction académique du programme. Pour compléter le dispositif, l’association recrute d’autres « coaches » et entrepreneurs, tous bénévoles. Aujourd’hui, plus de deux cents professionnels proposent gratuitement leurs expertises et compétences dans des domaines allant de la création de sites Web à l’élaboration de contrats commerciaux.

À ce programme s’ajoutent des rencontres professionnelles et des séminaires ainsi que des ateliers de développement personnel. Car même si l’association préfère laisser la prise en charge psychologique des femmes à des structures spécialisées, Led By Her peut et veut aussi contribuer à redonner confiance et énergie aux participantes.

Des femmes de toutes origines

Concrètement, pour les bénéficiaires, cela se traduit par une prise en charge allant de septembre à juillet, avec d’une part 300 heures de cours dispensés par les deux écoles de commerce à raison de deux journées par semaine, et d’autre part, la participation à une centaine d’ateliers de mentorat individuel, et à un cycle de conférences et séminaires étalés tout au long de l’année scolaire. « Passer du statut de victime à celui de leader », scande fièrement Chiara.

Mais faut-il avoir un esprit de cheffe d’entreprise pour participer à ce programme ? La jeune femme assure que non. Les profils des participantes sont assez variés en termes d’origines socio-économiques, tout comme les niveaux d’étude pour la trentaine de femmes que compte chaque « promo » par an. « En 2016, parmi les 35 bénéficiaires, âgées de 20 à 70 ans, il y avait des Françaises, des Africaines de sept pays différents ainsi que des Mexicaines ou des Cambodgiennes. » L’aide prodiguée ne s’arrête d’ailleurs pas à ce programme : les participantes peuvent compter pendant trois ans sur un soutien, logistique comme technique.

Des soutiens multiples

Comment financer autant de prescriptions ? L’association dépend entièrement des dons de ses deux cents adhérents à hauteur d’environ 50 euros par an et par personne en moyenne, et de mécénats d’entreprises qui, outre des dons d’espaces et de compétences, sponsorisent des évènements. Orange a ainsi permis à l’association de mettre en place un espace de coworking où les participantes peuvent bénéficier d’un lieu, mais aussi et surtout d’un réseau plus qu’essentiel au lancement de leurs nouvelles activités. Enfin, Led By Her bénéficie d’une dotation annuelle de 2 000 euros de la mairie du 7e arrondissement de Paris.

Dans un souci de pérennisation de l’initiative, l’association a le projet de développer des activités de consulting et de formations payantes destinées aux entreprises. Et pour accentuer leur impact social et la pertinence de leur projet, l’association souhaite mettre en place une plateforme Internet : un peu comme un site de rencontres, où les participantes présenteront leurs projets afin d’attirer des professionnels compétents qui pourront les aider à concrétiser leurs rêves. « Il s’agit de mises en relation purement professionnelles et non de rencontres ”physiques” à proprement parler », s’amuse Chiara. C’est d’ailleurs dans cet esprit de légitimation que Chiara et ses collaborateurs ont participé au premier Prix Fondation Cognacq-Jay, où ils furent nominés dans la catégorie Accélération.

La rentrée prochaine aura lieu en septembre 2017 avec trente nouvelles participantes. « Aujourd’hui nous investissons en elle, pour qu’un jour le monde soit mené par elle » (en anglais « Today we invest in her, so that one day the world can be led by her ! »), conclut Chiara Condi, délivrant enfin l’origine du nom de l’association.

La présentation de Led By Her, « moteur de réussites françaises », sur YouTube.