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Deux utilisateurs de l’application Cov On, en train de discuter de son interface sur une tablette tactile.

Creative Commons Licence Sébastien Arnouts

Laboratoire d'innovation sociale basé dans le pays basque français, le Gaïdo Lab développe une application qui pourra faciliter les échanges, la communication entre les populations fragilisées ou isolées et les professionnels de santé, donc améliorer leur prise en charge sanitaire et sociale. Le projet s'appelle « Cov on », contraction de « To COnVerge ON ». Traduisez : « pour rassembler ».

« Lors de missions de coopération en Europe, auprès de réfugiés fraîchement débarqués, notamment en Écosse et en Espagne, à Barcelone, je me suis rendu compte de la difficulté extrême de rentrer en contact avec eux. Pas seulement à cause de la langue. Ces personnes, pour la plupart, ont vécu des traumatismes graves et arrivent sur un territoire dont elles ne connaissent rien », explique Xavier Baylac, cofondateur de Gaïdo Lab et l’un des porteurs du projet Cov on. C’est donc suite à ces missions, effectuées entre 2013 et 2015, et à leur constat des difficultés rencontrées par les professionnels associatifs et de la santé, que Xavier Baylac et Laurent Pourtau ont décidé de créer leur application.

Un historique « visuel » personnel

Cov on, bientôt disponible sur PC et tablette, se présente comme une carte du monde. Pour l'occasion, les deux développeurs ont utilisé OpenStreet Map, support cartographique sous licence libre. Le principe est de permettre à l'utilisateur de pointer les endroits où il est allé, d'où il vient, ou bien correspondant à des moments forts de sa vie à l'aide de pictogrammes reconnaissables par tous. Dans un esprit d'inclusion, ces pictogrammes ont été pensés et réalisés par des graphistes afin d’être toujours simples à comprendre dans toutes les cultures.

Une fois la carte « marquée », l'utilisateur peut y ajouter photos, liens, vidéos ou textes. De quoi constituer sa propre histoire « visuelle », et donc reconstituer le parcours personnel de chaque bénéficiaire, malgré les problèmes de communication. Ce n’est pas le seul intérêt de cette innovation qui devrait permettre une meilleure prise en charge sanitaire des populations, notamment en termes de prévention. Certaines régions du monde restent encore en effet des réservoirs d'infections qui n'existent plus en Europe. Sachant quels pays ont été traversés, les médecins peuvent ainsi mettre en place des protocoles particuliers. Et cette application facilitera un meilleur suivi en évitant aux bénéficiaires de devoir se répéter à chaque fois qu'ils rencontrent un nouvel interlocuteur, avec le risque de pertes d'informations au passage.

Une application à destination des professionnels

Conçue pour aider les acteurs sociaux et sanitaires, Cov on pose question quant à l'accès et à l'utilisation des données personnelles récoltées, sans parler d'éventuels détournements de ce nouvel outil. « Cette application est destinée aux professionnels de santé ou personnels d'ONG uniquement », précise Xavier Baylac. Effectivement, seuls les médecins, les éducateurs spécialisés et les établissements de santé ou associations compétentes et reconnues pourront se procurer – moyennant 1500 € – la licence, indispensable pour utiliser Cov on. Une fois la licence obtenue, le professionnel ouvrira des comptes personnels à ses différents patients ou bénéficiaires. Dans le cas où la licence ne serait pas reconduite, les utilisateurs auront toujours accès à leurs comptes personnels et surtout resteront propriétaires de leurs données sécurisées, stockées sur le cloud par une entreprise bordelaise, partenaire du projet.

Avant même sa mise sur le marché, l'application présente déjà des pistes de développement intéressantes. Initialement destinée aux réfugiés, elle pourrait s'avérer très utile pour d'autres populations. « Elle pourrait devenir une sorte de mémoire “numérique” pour des personnes souffrant de troubles de la mémoire (Alzheimer par exemple) ; ou encore à l'école, où les professeurs pourraient s'en servir comme base pour des ateliers ludiques tournant autour des thèmes de la différence et du vivre ensemble, et ainsi faciliter les échanges et les découvertes entre les élèves », explique Xavier Baylac.

Un laboratoire qui bouillonne d'idées

Cov on devrait être disponible en septembre 2017, après dix-huit mois de recherches et de développement. Un prototype est testé, depuis ce printemps 2017, par des établissements médico-sociaux de la région Nouvelle-Aquitaine, notamment des maisons accueillant des mineurs isolés. « Le retour est très positif. De nombreux chefs d'établissements semblent intéressés par notre produit », déclare Fabienne Dubroca, éducatrice qui a participé à la conception de Cov on. Durant toute cette période de conception et de mise au point finale, Laurent Pourtau et Xavier Baylac n'ont bénéficié d'aucune subvention d'État, malgré la portée sociale et solidaire indiscutable du projet. « En même temps, nous n'en avons pas demandé », confie Xavier Baylac. Sur fonds propres donc, les deux entrepreneurs ont toutefois obtenu un coup de pouce de 20 000 € de la région Nouvelle-Aquitaine. Nominé parmi les douze finalistes du premier Prix de la fondation Cognacq-Jay, leur projet n’a pas été lauréat. Les deux entrepreneurs sociaux ont « juste gagné » 2 000 euros, et surtout la possibilité, comme ils le disent eux-mêmes, « de rencontrer de nouveaux partenaires, d'avoir une plus grande visibilité et une certaine légitimité. »

En attendant la sortie officielle de Cov on, Xavier Baylac et Laurent Pourtau travaillent sur d'autres projets, au sein de leur laboratoire Gaïdo-Lab, en particulier sur Ekin – « Ensemble » en basque. Il s’agit d’une sorte de Blablacar culturel solidaire. Pour les aider à finaliser Cov on, et financer leurs autres projets, une campagne de crowdfunding s’apprête à être lancée cet été 2017 sur la plateforme KIssKissBankBank.