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Une innovation technologique développée par un jeune Africain permet de faire face au manque de cardiologues et plus largement aux moyens limités dont disposent les autorités sanitaires du Cameroun.

Mettre au point un dispositif permettant de pratiquer un examen cardiaque (ECG) à distance pour les patients éloignés de toutes structures médicales, en particulier dans les pays souffrant d’un manque de médecins et d’infrastructures médicales ? C’est un jeune ingénieur camerounais qui, le premier, a eu cette idée : « Mon père est décédé d’une attaque cardiaque pendant la phase de développement du CardioPad. Cela m’a donné encore plus de motivation pour mener le projet à terme », assurait en janvier 2016 l’ingénieux Arthur Zang, au micro de la BBC.

Faire face aux déserts médicaux

La situation médicale du Cameroun est décrite par les spécialistes comme une « Afrique en miniature », faisant face à trois challenges majeurs : une augmentation sensible des maladies cardiaques chroniques, une augmentation des cas de maladies infectieuses et des ressources financières limitées. Ce pays d’Afrique de l’Ouest ne compte que 31 cardiologues pour une population d’environ 18 millions d’habitants, soit 1,7 spécialiste par million d’habitants. De plus, en dehors des villes principales comme Yaoundé, la capitale, les zones rurales constituent de véritables déserts médicaux. Les patients se voient donc contraints d’effectuer de longs et coûteux trajets pour se rendre dans les hôpitaux : une source d’exclusion pour les plus pauvres.

Pour répondre à cette problématique et pour augmenter le nombre de patients cardiaques suivis, Arthur Zang a conçu, dès 2011, une tablette tactile, fournie avec des électrodes, permettant d’effectuer un électrocardiogramme complet (ECG). Les résultats obtenus sont ensuite envoyés à un centre de collecte de datas via une connexion téléphonique. D’après la société Himore Medical, créée par Zang pour la commercialisation de l’appareil, les informations ainsi collectées sont analysées par un cardiologue dans les 20 minutes après l’envoi. Le médecin établit donc un diagnostic et renvoie ses recommandations et prescriptions à l’assistant médical qui a effectué l’examen. Résultat : de nombreux patients ont pu être suivis à distance, même dans les endroits les plus reculés du Cameroun. Un essai grandeur nature a d’ailleurs été mis en place en 2015 à Mbankomo, un village à 25 kilomètres de Yaoundé. Un peu plus d’un an plus tard,  le dispositif du jeune ingénieur permet d’effectuer une moyenne de deux cents examens chaque mois.

Un équipement économique et de nombreux prix

Le CardioPad est officiellement commercialisé depuis janvier 2016. Le prix est de  3.299 dollars (2.938 euros) par appareil. À noter que ce coût représente la moitié seulement du prix d’un appareil d’électrocardiogramme traditionnel. À l’heure actuelle, la tablette tactile est fournie gratuitement aux hôpitaux et cliniques du pays. En revanche, les patients sont mis à contribution avec une cotisation annuelle de 29 dollars (26 euros). Un prix élevé au regard du pouvoir d’achat des Camerounais, dont le salaire moyen est de 1170 dollars bruts par an, et qui ne peuvent être remboursé pour l’achat de l’appareil. Quoi qu’il en soit, le CardioPad est dorénavant commercialisé non seulement au Cameroun, mais au Gabon, en Inde et au Népal.

L’ingénieur Arthur Zang a pu développer et commercialiser son innovation grâce au multiples prix et récompenses qu’il a obtenus : Forbes, Rolex Award qui prime les entreprises les plus innovantes ou le African engineering Award (avec à la clef un  chèque de 37 000 dollars). Pour s’assurer d’un fond financier solide, une campagne de crowdfunding a également été lancée en 2015 sur le site d’Indiegogo. La somme de 8 805 dollars (7 842 euros), soit 88 % de l’objectif fixé, a pu être levée. Au total, 60 millions de francs CFA (91 470 euros) ont donc été mobilisés pour la réalisation de cette innovation qui permettra, sans aucun doute, d’améliorer la situation médicale dans de nombreux endroits du monde. Surtout si les institutions médicales des différents pays concernés décident de prendre eux-mêmes en charge le coût de l’équipement en CardioPads.