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Quelques acteurs de la Compagnie des aidants.

All rights reserved. La Compagnie des aidants

En France, 9 millions de bénévoles s’occupent au quotidien d’un proche fragilisé, sans avoir toujours le soutien nécessaire. C’est sur ce constat que Claudie Kulak a fondé en 2011 la Compagnie des aidants. Un peu plus de cinq ans plus tard, elle est devenue une association florissante de l’ESS, qui propose une plateforme web d’entraide et d’échanges. Bref, un réseau social utile.

C’est une expression massive de la solidarité sociale qui est pourtant longtemps demeurée ignorée, comme invisible. Dans l’entretien qu’il a accordé à Solidarum, le sociologue Serge Guérin souligne l’importance de ceux qu’on appelle les « aidants », en particulier bénévoles : « Ce sont des gens qui, 20 heures par semaine au minimum, jusque parfois 20 heures par jour, accompagnent un proche en grande difficulté, qui fait partie dans la majorité des cas de sa famille – mais pas toujours. (…) Autour de 9 millions de personnes qui, au quotidien, aident très régulièrement une personne qui, sans eux, verrait quasiment son pronostic vital engagé, ou n’aurait plus aucun espoir, plus aucune envie de vivre. La plupart de ces aidants le deviennent sans l’avoir choisi, contraints par les accidents de la vie, mais aussi et surtout par amour de leur enfant, de leur conjoint, de leur père ou de leur mère. »

Les aidants ? Un quart de la population adulte

À côté de professionnels de santé (environ 2 millions d’aidants, sur le total de 11 millions), c’est donc en permanence près d’un quart de la population adulte française qui, sans expérience, se retrouve du jour au lendemain à devoir prendre soin d’un proche fragilisé par la maladie, le handicap ou le grand âge. Or la moitié des aidants travaillent, jonglant avec leur emploi du temps pour concilier cette lourde tâche et leur vie professionnelle (69% sont des femmes). D’autant que, difficulté supplémentaire, 225 kilomètres les séparent en moyenne de la personne dont ils s‘occupent… Et même si la « loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement », entrée en vigueur début 2016, marque un début de reconnaissance, les aidants manquent toujours de soutien, de reconnaissance, ou tout simplement d’informations.

« Neuf français sur dix plébiscitent le maintien à domicile, et pour que ce maintien à domicile se passe bien, il faut un aidant proche, un aidant professionnel et de la techno », explique Claudie Kulak. La fondatrice de la Compagnie des Aidants a fait personnellement l’expérience de l’isolement d’un proche, comme tous les permanents de la compagnie. C’est pour le rompre, notamment à travers le partage d’expériences, qu’elle a créé cette association avec pour ambition de mettre sur pied un réseau social d’échange et d’entraide, de dimension nationale. Son initiative a rapidement bénéficié de soutiens déterminants.

En 2012, le projet, lauréat du premier Forum de l’Économie sociale et solidaire des Hauts-de-Seine, a trouvé ses premiers financements. Trois ans plus tard, l’association était labellisée « La France s’engage » (ce label public qui récompense des projets d’innovation sociale ouvre l’accès à un soutien financier mais aussi à un dense réseau de partenaires et d’acteurs publics). Cette reconnaissance a apporté visibilité et crédibilité à l’association, qui lui ont permis de développer des partenariats et de faire essaimer largement le réseau. En 2014, Claudie Kulak a été élue secrétaire nationale du dispositif MONALISA (Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés). Depuis 2015, elle est trésorière de l’association qui organise, chaque 6 octobre, la Journée nationale des aidants.

Un réseau au service des aidants

La Compagnie des aidants est donc aujourd’hui florissante. Sa plateforme web se divise en deux espaces. Sur le premier, en accès libre, on trouve des informations pratiques d’ordre général et un numéro d’appel d’urgence pour recevoir soutien moral et conseils de la part de professionnels. L’espace adhérents (24 euros l’année avec une possible prise en charge de l’adhésion par des tiers : collectivités, mutuelles, associations, etc.) propose de nombreux outils supplémentaires.

Au menu : un annuaire géolocalisé des aidants doublé d’un service de messagerie sécurisée pour s’informer et s’entraider, un annuaire des bénévoles pour demander un coup de main ponctuel, une boutique et une bourse d’échange de matériel d’occasion pour équiper et sécuriser le domicile. En outre, il existe une application mobile gratuite pour gérer à distance les informations (suivi médical, répertoire des personnes ressources passant au domicile du proche, budget, etc.). Le site propose de l’autoformation en e-learning et une carte géolocalisée des actions et solutions. Il comptait 4000 adhérents en juillet 2016.

Soutenue par l’ADASI, la Compagnie se finance aujourd’hui grâce à des packs d’adhésion vendus à des mutuelles, des collectivités… Initié en Seine-Saint-Denis, ce réseau s’étend aujourd’hui sur 70 départements et bénéficie du soutien de 160 bénévoles, membres d’associations partenaires, qui apportent leur aide en intervenant ponctuellement auprès de leurs proches dépendants : visites de courtoisies, compagnie, menus services de la vie quotidienne, etc.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Le site de la Compagnie des aidants a reçu 6760 visiteurs uniques en juillet 2016 dans sa partie ouverte à toutes et tous.