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Creative Commons Licence Moulin à Café

Onze ans après avoir ouvert, ce café associatif a permis de tisser de nouveaux liens sociaux dans un quartier, parvenant à fédérer et fidéliser de nombreux habitants. Premier bilan sur ce qu’est en 2017 le projet du Moulin à Café, avant de futurs développements.

Téléchargeable en page d’accueil de son site Internet, le programme du mois d’avril 2017 du Moulin à Café multiplie les propositions d’ateliers ou d’événements : depuis l’animation compost « avec le Lapin Ouvrier » et l’hommage à Chuck Berry du samedi 1er avril au soir jusque la « conférence gesticulée » d’Anthony Pouliquen quatre semaines plus tard, pour raconter grâce au cinéma « une autre histoire des classes sociales ». Avec, vacances obligent, plein d’ateliers ou d’événements « SPÉCIALEMENT pour les z’enfants »… Et puis, en sus du café lui-même qui a fêté ses onze ans d’ouverture en janvier 2017, une ribambelle d’activités d’éducation ou d’accompagnement social, en majorité gratuites pour les plus de 1300 adhérents…

Co-fabriquer un espace de sociabilité

Ce « café associatif », qui loue ses locaux à l’un des bailleurs sociaux de la Ville de Paris, a désormais de nombreux fidèles, qui lui assurent une fréquentation régulière, la jauge maximale de 60 personnes étant très souvent atteinte. À tour de rôle, les adhérents viennent boire un verre ou déjeuner, participer à des ateliers, assister à des spectacles… Et avant tout se rencontrer, car tel est l’esprit du lieu. Ils sont d’ailleurs de toutes origines sociales, politiques et culturelles : de l’ancienne ouvrière au couple bobo tout juste installé, du voisin amateur d’arts martiaux au musicien professionnel qui vient pour se changer les idées, du jeune non politisé né dans les barres d’à côté à l’activiste sociale engagée plutôt très à gauche. Espace de sociabilité œuvrant à fabriquer du « mieux vivre ensemble », le Moulin à Café se revendique en effet à la fois « lieu de citoyenneté active, de démocratie participative, de mixité sociale et d’éducation populaire ».

L’endroit est né en réaction au réaménagement de la ZAC Didot, au sud du 14e arrondissement parisien, dans les années 1990. Face aux menaces de déstructuration du quartier que faisait peser cette opération de « rénovation urbaine », une poignée d’habitants s’unissent, d’abord pour faire amender le projet initial (qui prévoyait un bâti très dense sans le moindre équipement public). Puis, une fois passé l’an 2000, germe l’idée d’ouvrir un lieu où puissent se rassembler des habitants de tous âges et tous milieux pour préserver et développer la convivialité, lutter conter l’exclusion, favoriser la cohésion sociale…

Le Moulin à café, lieu d’insertion sociale

Pour faire tourner ses ailes, le Moulin compte sur une ressource essentielle : les bénévoles. La restauration en mobilise, à elle seule, neuf au quotidien ; un renfort indispensable à la petite troupe de salariés. Car le café est aussi un lieu d’accession à l’emploi. Grâce aux financements publics, qui représentent un tiers de son budget, des personnes en insertion ou en fin de formation peuvent débuter ici un métier. Les onze membres du conseil d’administration servent de tuteurs à chacun des cinq salariés (trois CDI et deux « emplois tremplin »), les orientant et les soutenant dans leur développement professionnel. Depuis 2015, le café compte par ailleurs une recrue supplémentaire dans le cadre du « service civique ».


Cuisine solidaire et cafés suspendus

Tous sont mobilisés à la double tâche de remplir les corps et les esprits. L’adhésion est de 12 euros l’année pour les particuliers, de 60 euros pour les associations, mais de 1 euro pour les bénéficiaires des minimas sociaux et gratuite pour les moins de 16 ans. Le café propose chaque jour une cuisine « maison » à petits prix, par exemple le plat à 4,50 euros pour les adhérents ou 6 euros pour les non adhérents, ou le dessert respectivement à 2 ou 2,50 euros. 35 à 40 repas sont servis chaque midi, 15 à 45 chaque soir, cuisinés à partir de produits frais, de saison et venant de circuits courts. Enfin, il y a les multiples activités qui font le sel du lieu : ateliers de langue vivante, de musique, de théâtre, d’arts plastiques ou de coutures ; cours de danse, de gym douce ou de tai chi ; tournois d’échecs, de tarot ou de scrabble, etc. Elles sont régulières ou événementielles, hebdomadaires ou mensuelles comme les contes un mercredi par mois ou Jamacou, « scène ouverte tous les derniers vendredis du mois à 20h. » La demande d’une participation financière pour ces animations est exceptionnelle, à l’instar des cours de « l’école des slams », en écriture participative avec King Bobo : 5 euros la séance pour les membres, 10 pour les non membres. 

Mais le Moulin développe aussi de nombreuses actions « pédagogiques et solidaires » : cafés suspendus (un café ou tout autre produit acheté est également acheté pour une personne « démunie »), aide aux devoirs (quatre fois par semaine, des bénévoles aident des enfants en difficulté dans leur travail scolaire), participation régulière d’associations et de groupes d’adultes ayant un handicap, déjeuner hebdomadaire en langue des signes, accompagnement dans les démarches administratives et consultations juridiques gratuites pour les adhérents, permanence du Sel de Paname (Système d’échange local), etc.

Accessibilité, diversité, neutralité

Toutes ces activités répondent à quelques principes directeurs : accessibilité à tous, diversité des thématiques, partage des connaissances, neutralité politique et religieuse… Cette neutralité n’empêche évidemment pas l’engagement citoyen : le café a récemment mis en place des semaines thématiques, consacrées par exemple à l’Economie sociale et solidaire, aux enjeux climatiques ou à la réduction de la quantité de déchets. Soit une occasion pour développer les partenariats avec d’autres associations, à travers un réseau qui s’étend maintenant au-delà du 14e arrondissement (43 associations adhérentes en 2015) et assure l’intervention à titre gracieux de conférenciers, d’animateurs d’ateliers, de musiciens, etc.

Le modèle encore « précaire » du Moulin à Café

Autres soutiens indispensables de l’aventure : des commerçants du quartier, des producteurs « circuits courts » (Ruche qui dit oui, Amap), quelques grosses entreprises (la SNCF), et bien sûr les institutions (État, Région, Ville, Caisse d’allocation familiale, etc.) qui financent certains équipements, une partie du fonctionnement et des salaires. Malgré ces alliés de poids, la situation demeure précaire. Pour pallier la baisse de subventions de 2017, le Moulin doit impérativement développer de nouvelles pistes de financements, comme la location occasionnelle de son espace pour des évènements.

Il n’empêche, malgré les difficultés, le projet est un incontestable succès. Pour preuve, le Moulin inspire et sert de modèle à d’autres expériences similaires en France. Il a d’ailleurs organisé un cycle d’initiation, d’échanges et de formations sur la création et la gestion de cafés associatifs.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

L’adhésion est de 1 euro l’année pour les bénéficiaires de minimas sociaux et gratuite pour les moins de 16 ans. Elle est de 12 euros pour les autres particuliers et de 60 euros pour les associations.
Le café est à 1,20 euro pour les adhérents, à 1,50 euro pour les non adhérents, une assiette de fromage respectivement à 2,50 ou 3,50 euros.
35 à 40 repas sont servis chaque midi, 15 à 45 chaque soir.