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Cette page d’une présentation de la Banco Palmas met en scène son agence de Fortaleza, dans le Nordeste du Brésil, ainsi que sa monnaie locale, le Palmas.

Creative Commons Licence Banco Palmas

La première banque communautaire du Brésil a vu le jour il y a quarante ans dans le Nordeste, à Fortaleza. Au fil des années, elle a contribué à renouveler les pratiques de solidarité sociale au niveau local. PalmasLab, son récent laboratoire de recherche en innovations et finances solidaires, est par exemple un incubateur destiné aux jeunes précarisés dans tout le pays.

Comment créer et améliorer les services financiers d’une banque communautaire quand celle-ci s’adresse à une population locale, et d’abord aux plus précarisés d’entre eux ? Pour répondre à cette question, Joaquim Melo, le fondateur historique de la Banco Palmas au Brésil, a créé en 2012 le PalmasLab, un centre de recherche et d’innovation en finances sociales et solidaires qui utilise les technologies de l’information. Avec les habitants des banlieues défavorisées, dont notamment les jeunes, ce laboratoire développe des logiciels et des applications, afin de résoudre certains des problèmes de la communauté à laquelle ils appartiennent. Des formations gratuites de cinq mois permettent ainsi un meilleur accès au marché de l’emploi à ces populations relativement éloignées des nouvelles pratiques liées à la technologie.

Pour chaque promotion, des élèves sont directement pris en stage rémunéré au sein du PalmasLab, d’autres peuvent intégrer des entreprises partenaires, dont certaines ont elles aussi bénéficié de l’appui logistique, voire financier, de ce laboratoire « incubateur » qui cherche des solutions innovantes pour développer les potentialités des communautés trop longtemps mises à l’écart des nouvelles autoroutes de l’information. Pour garantir cet effort, le PalmasLab réalise des partenariats avec les institutions afin d’influer sur les politiques publiques. Mais pour permettre aux potentialités de ces quartiers de s’exprimer, quarante années ont été nécessaires. Retour sur l’histoire de l’une des premières banques solidaires au monde, aujourd’hui à la pointe du numérique pour mieux aider les populations.

L’origine : en 1973, un « nouveau » quartier sans eau ni électricité

Tout commence en 1973 : 1 500 familles sont expulsées par la mairie de Fortaleza de leurs habitations sur la côte de l’État du Ceará pour bâtir des projets immobiliers. Elles sont relogées à plus de 20 kilomètres dans un lieu dédié aux décharges : Palmeiras. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone et bien sûr pas d’école ni de poste de secours. Pour parer au plus pressé, les familles s’unissent dans un premier temps en « mutirão » (travail collectif) et construisent à la hâte de nouvelles maisons. Peu à peu, la communauté s’organise et crée, en 1984, l’Association des habitants de l’ensemble Palmeiras (Asmoconp), afin de résoudre leurs problèmes socio-économiques. Le quartier sera urbanisé dans les années 1990, mais ses habitants abordent le nouveau millénaire toujours aussi pauvres et sans emploi.

Conseillée notamment par les CEB (Communautés ecclésiastiques basiques, liées à l’Église et à la théologie de la libération), la communauté a alors l’idée de créer sa propre banque, la Banco Palmas, pour stimuler la production et la consommation locale, puis sa propre monnaie, le Palmas, indexé au Real (1 Palma = 1R$). Dans cette banque solidaire, celui qui se sert de la banque en est propriétaire et reçoit une participation aux bénéfices éventuels. Les prêts, à faible taux, ne sont accordés qu’après enquête, et la monnaie, que les commerçants sont en droit ou non d’accepter, est limitée à l’intérieur du quartier de façon à en préserver les richesses.

Des solutions bancaires qui se sont ajustées aux besoins 

En 2003, l’Institut Palmas de développement et d’économie sociale et solidaire voit le jour pour promouvoir la technologie de la Banco Palmas et favoriser l’émergence d’autres banques communautaires au Brésil et à travers le monde. Chercher des solutions à l’intérieur de sa propre communauté, en fonction de ses besoins réels : le principe du projet Palmeiras est simple, et fait écho à bien des démarches d’empowerment d’aujourd’hui, du moins dans leur dimension collective de mise en « capacité » des populations les plus déshéritées. « Au Brésil, on ne résout pas la misère qu’avec de l’argent, mais avec la conscience, la capacité de s’organiser, de trouver un travail, le désir d’avoir une vie meilleure », confirme Joaquim Melo, dans des conversations filmées avec la réalisatrice Edlisa B.Peixoto.

Les institutions brésiliennes, d’abord opposées à la création d’un nouveau système financier, finissent par reconnaître l’importance de la banque communautaire et de son modèle de monnaie sociale comme acteur favorisant l’insertion des plus pauvres, en leur garantissant un accès aux services bancaires. La Banque centrale et la Caixa Económica, la Banque de développement économique et social (BNDS) et la Banque du Nordeste du Brésil (BNB) deviennent ainsi, en 2007, les principaux partenaires financiers de la Banco Palmas.

Un modèle en Amérique latine

Le modèle de la Banco Palmas, devenu référence internationale, s’est depuis propagé au Venezuela, où le pays va même adopter dans sa constitution des lois sur la banque communautaire de développement (BDC), mais aussi en Argentine, au Pérou, au Chili et en Bolivie.

Au Brésil, malgré l’absence de réglementation, on dénombre, fin 2015, 107 banques communautaires, réparties dans 19 États du pays. Désormais appuyées par le gouvernement fédéral via le Secrétariat national à l’économie solidaire (Senaes), elles utilisent aujourd’hui des technologies développées en open source par l’Institut Palmas dans son laboratoire, comme la monnaie ou la carte de crédit électroniques, utilisables à partir d’un smartphone.

Un laboratoire social prescripteur

Imaginée au départ pour résoudre les problèmes sociaux locaux, cette e-monnaie n’aurait jamais vu le jour si l’incubateur nordestin n’avait pas eu un rôle de prescripteur auprès des institutions brésiliennes. Les conseils prodigués par l’équipe du PalmasLab aux collectivités locales et territoriales ont été déterminants dans l’adoption de la loi de 2013 sur les paiements électroniques. Cette loi, qui signe l’émancipation des banques communautaires face aux banques traditionnelles et aux opérateurs téléphoniques, est en passe de révolutionner le système financier conventionnel.

Centre d’innovation populaire au sein d’un projet d’insertion sociale et productive contre la précarité et l’exclusion, PalmasLab emploie aujourd’hui sept personnes et a déjà formé gratuitement aux technologies de l’information plus de soixante jeunes, ainsi qu’une dizaine de femmes bénéficiaires de la Bourse Famille, l’un des programmes phares du gouvernement. Le laboratoire, qui dispense aussi des cours de langues, reçoit tout au long de l’année chercheurs et partenaires. Parmi ses productions récentes, citons le PalMap, qui permet de collecter des données sous forme de carte et un système d’alertes par SMS à destination de la communauté.