Solidées : de l’envie de partage à la réalité d’un projet solidaire

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Dans la région toulousaine, le projet Les imaginations fertiles (IF) est l’un des ceux dont les acteurs ont profité, directement ou indirectement, de l’apport de l’association Solidées. Il s’agit d’un espace partagé pour « travailler et co-produire autrement ».

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Pour booster ceux qui ont des désirs solidaires en gestation, et les aider à passer de l’envie à la réalité, cette association a mis au point une méthode efficace basée sur l’écoute bienveillante, le tissage de liens d’affinités entre individus et le partage des expériences.

Avant d’en devenir membre actif, Matthieu Pégart a d’abord fréquenté l’association pour bénéficier de son accompagnement. C’était lors d’une période de transition, personnelle et professionnelle, peu après avoir quitté son activité de directeur adjoint d’une MJC, dans laquelle il lui semblait stagner, voire subir. Bref ne plus se réaliser. Son rêve profond était de devenir vidéaste indépendant, de pouvoir vivre de sa caméra et, tant qu’à faire, de s’en servir pour promouvoir les valeurs et les initiatives en lesquelles il croit. Et c’est en se documentant sur le champ de l’ESS toulousain qu’il a cliqué sur Solidées. Ce fut le déclic. « J’ai participé à un “apéro co-créatif’’ et j’ai adoré ce que j’y ai vécu, les rencontres, le soutien, la formule : exprimer ses envies et repartir avec des éléments concrets pour les mettre en œuvre. » Après avoir participé à plusieurs autres apéros, Matthieu a réalisé quelques vidéos de promotion pour Solidées et, finalement, il s’est totalement investi dans le projet.

Concrétiser en actions concrètes les désirs de projets solidaires

Accoucheuse d'idées et de projets solidaires ? Réseau d’entraide pour la transition professionnelle ? Au-delà de cette double ambition, Solidées est née en 2011 d’un constat : l’absence sur la région toulousaine d’un espace où les personnes souhaitant s’investir dans une économie respectueuse de l’humain et de l’environnement puissent échanger, exprimer leurs envies, et partager à la fois des encouragements, des bons tuyaux et des aides pour les réaliser. Pour ce faire, l’association, qui a d’abord dispensé des formations, se concentre désormais sur l’organisation de rencontres régulières entre particuliers désireux de « faire », mais auxquels il manque encore l’étincelle pour passer à l’acte.

Ayant trouvé la sienne, d’étincelle, Matthieu est finalement devenu responsable des « apéros créatifs », le principal outil de l’association. « Il s’agit en fait d’un atelier, avec une feuille de route et un déroulement très précis qui a été construit petit à petit. Les responsables précédents ont testé plusieurs formules jusqu’à ce qu’une personne experte en communication relationnelle et en intelligence collective élabore cette feuille de route, articulée en plusieurs temps (une méthodologie baptisée « communication co-créative »). D’abord, la rencontre et la présentation des participants où l’on fixe le cadre général. Puis une deuxième étape, en petits groupes, qui est un moment d’introspection sur les motivations de chacun. L’idée est que tous exposent ce qu’ils ont vraiment envie de faire, en ne prenant pas en compte les éventuelles contraintes professionnelles ou personnelles. » Après cette étape essentielle où chacun tente d’identifier et d’exprimer ses désirs profonds, en privilégiant le plaisir et ce qui fait sens, vient un moment d’échange convivial autour d’un buffet, où l’on peut faire mieux connaissance à partir des affinités créées. Enfin, l’atelier de trois heures environ se conclut par un « marché », en permettant aux participants ayant identifié leur envie de repartir avec du concret pour passer à l’action. « Je sais ce que je veux faire, maintenant il faut que je le mette en acte. On identifie ce dont on aurait besoin pour commencer, et les autres personnes présentes peuvent donner un contact, offrir un échange de service, voire même parfois collaborer directement. » Exemple : Untel veut créer une plateforme d’échange de connaissances, et un webdesigner peut le conseiller et lui fournir des informations précieuses.

Un réseau d’entraide qui agit comme un pré-incubateur

Organisés sur un rythme mensuel, les « apéros créatifs » réunissent de quatre à vingt personnes. Les petits groupes sont privilégiés : avec plus de monde, le dispositif perdrait en efficacité. Pour passer le mot, plusieurs moyens. D’abord, le bouche-à-oreille initié par les participants, anciens ou actuels. Ensuite, la large liste de contacts progressivement constituée par l’association et qu’elle mobilise deux fois par mois via un mailing avec newsletter et invitation au prochain apéro. Enfin, le relais d’un collectif associatif toulousain regroupant, outre Solidées, Colibri-Toulouse, Via Brachy, Toulouse en Transition et la Chouette-Coop, projet de supermarché collaboratif, « cinq structures très proches, avec beaucoup d’affinités, qui se promeuvent les unes les autres ».

Les ateliers sont ouverts à tous, et gratuits : les participants apportent quelque chose pour le buffet ou à boire, et contribuent s’ils le souhaitent aux frais associatifs. N’importe qui peut donc s’inscrire à un apéro créatif. Ce sont souvent des salariés qui se questionnent, ne se sentent plus trop à l’aise dans leur activité, et atterrissent là par hasard ou par instinct, découvrant soudain un nouveau champ des possibles. Mais aussi des personnes ayant déjà sauté le pas, changé de métier, et initié un changement de vie. « La majorité des participants sont dans un entre-deux : ils ont lâché leur ancienne activité et se cherchent un nouvel avenir. » Solidées agit donc comme un pré-incubateur : les gens y viennent pour définir concrètement ce qu’ils ont envie de faire et essayer de clarifier leur vision.

Une première brique avant de bâtir un projet plus solide

En cinq ans, Solidées a accueilli plus de 800 personnes et a notamment contribué à faire émerger les deux incubateurs d’innovation sociale Première brique (centre de ressources qui accompagne l’émergence d’entreprises répondant à des enjeux sociaux et environnementaux du territoire, au service des habitants de la métropole toulousaine) et Catalis (un dispositif porté par l’union régionale des Scop Midi-Pyrénées). Son objectif à long terme est justement de développer des réseaux locaux et de favoriser l’innovation collaborative dans le champ de la solidarité et de l’entrepreneuriat responsable (qu’il s’agisse d’activités profitables ou à but non lucratif).

« Avantage et inconvénient de notre dynamique, s’amuse Matthieu : tout le monde trouve ce qu’il a envie de faire et finalement se disperse un peu. Ainsi, il y a eu récemment un turn-over massif dans l’association. Les membres fondateurs sont partis développer leurs projets. Cette rotation a été plus rapide que prévue, d’où une période de flottement. Avec un membre de l’ancienne équipe, on a décidé de continuer à faire vivre Solidées. On a réactivé le réseau des anciens participants et on espère maintenant le renfort de nouvelles personnes décidées à s’engager. » Après une année de transition un peu compliquée, Solidées est donc en train de trouver un second souffle. Parmi les chantiers identifiés, la transformation d’un site Internet qui ne sert pour l’instant que de vitrine de présentation de l’association et de point d’entrée avec les inscriptions aux événements, mais aspire à devenir une plateforme, où faire vivre l’initiative, mais aussi enrichir la collectivité des makers toulousains.