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En contrat aidé au sein de Permis de Vivre la Ville, Yacine Mohamed Ben Awadi est devenu un grand amateur, mieux un professionnel de l’image, du son et du graphisme.

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La plateforme gratuite et évolutive Banlieues créatives réunit des reportages, entretiens et dossiers réalisés par les jeunes du tremplin d’insertion de Permis de Vivre la Ville. Sa mission est triple : valoriser les initiatives à l’œuvre dans les quartiers populaires ; faciliter l’échange entre les porteurs de projet ; et devenir en quelque sorte leur réseau social.

Les Bondy Blog, Enlarge your Paris et Grands Parisiens mis à part, rares sont sur Internet les médias comme Banlieues créatives, qui observent l’au-delà du périphérique en gardant un regard positif sur ces territoires en pleine réécriture. Ce site d’information, de sensibilisation et d’interpellation pour agir, réfléchir et comprendre la banlieue a créé en six ans plus de 180 sujets passionnés et parfois passionnants sur la vitalité sociale et culturelle du 92, du 93 et d’autres zones urbaines où la plupart des jeunes acteurs de l’initiative ont vécu ou vivent encore. Il a servi de « rampe de lancement » à des jeunes de quartiers défavorisés, le plus souvent sans le moindre diplôme. Et ils sont ainsi devenus des « opérateurs numériques multimédias », selon le terme de l’association Permis de Vivre la Ville qui a obtenu pour cette formation-là le label « Grande école du numérique » en 2016.

Depuis le lancement de la plateforme en 2012, chaque année plus d’une quinzaine de jeunes différents ont participé au travail d’équipe nécessaire à la réalisation de vingt à quarante « sujets numériques », avec selon les cas de la vidéo, du son, des graphismes, des animations, des mots et des images à choisir et à mettre en scène. En contrat aidé, se formant, créant, dessinant, montant ou faisant de la post-production au sein d’un chantier d’insertion, ils n’ont pas travaillé à plein temps pour Banlieues créatives. Mais ils y ont « aiguisé » leur regard et leurs expertises et savoir-faire tout neufs. Avant de répondre, bien encadrés là encore, aux demandes des clients de Permis de Vivre la Ville – qui vont de collectivités locales à des banques en passant par des associations culturelles, des agences et studios de création comme par exemple Banjo Productions pour la colorisation du film Le Petit Vampire de Joann Sfar.

Regards croisés pour changer le regard sur les banlieues

La plateforme Banlieues créatives est née de la rencontre entre l’association Permis de Vivre la Ville et la journaliste Anne Dhoquois, rédactrice en chef du site Place Publique et auteure de Banlieues Créatives en France – 150 actions dans les quartiers. Paru aux Editions Autrement en 2006, au lendemain d’une vague d’émeutes urbaines sans précédent, cet ouvrage visait à lutter contre les clichés et informer sur ce qui marchait dans les territoires en difficulté. « On s'est dit qu'on devait écrire un autre chapitre, continuer à répertorier, explique Mario Planet, coordinateur et encadrant technique à Permis de Vivre la Ville, mais aussi musicien et sociologue de formation. À l’évidence, il fallait construire une plateforme numérique, qui puisse évoluer. Aujourd’hui, la frontière de la banlieue est assez floue et ça change tout le temps. »

Pour naviguer dans Banlieues créatives et accéder aux contenus, plusieurs entrées sont possibles : par reportage, par action, afin de valoriser les porteurs de projets,  favoriser l’échange et créer du réseau, par ville ou par domaine d’intervention, par dossier, mais aussi via des entretiens. Avec l’ambition de devenir un point de rencontre entre les quartiers et les mondes intellectuel, journalistique et économique, ce site propose des interviews croisées thématiques, qui permettent de mêler regard et vécu. La photographe Hortense Soichet, le linguiste Jean-Pierre Goudallier et l’ethnologue Marc Hatzfeld ont joué le jeu avec des blogueuses comme Coumba Bocum, des romanciers comme Rachid Santaki, ou bien encore avec des rappeurs comme Rost ou EJM. Des tribunes dirigées par des personnalités issues des quartiers comme l’auteur de bande dessinée Berthet One ou l’entrepreneuse Fatoumata Sidibé viennent enrichir ces points de vue.

 

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Quand de jeunes « opérateurs numériques multimédias » en chantier d’insertion au sein de l’association Permis de Vivre la Ville, accompagnés de professionnels, réalisent un reportage vidéo pour Banlieues créatives.

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Au-delà du périphérique, pour le meilleur et pour le dire

Financée par l’ACSE (Agence Nationale pour la Cohésion sociale et l’Égalité des chances), la DRAC et la région Île de France, la fondation Un monde par tous et la fondation Vinci pour la cité, la plateforme Banlieues créatives bénéficie d’un budget annuel de 50 000 euros. Elle s’adresse à un public hétéroclite, mêlant curieux et habitants des quartiers à la recherche d’informations utiles, mais aussi à de nombreux chercheurs. « Il y a une réflexion à mener sur les enjeux sociaux dans les territoires. Il s’agit de le faire le plus collectivement possible », rappelait sur France Inter en octobre 2013 Anne Dhoquois.

Aux manettes du site, on retrouve Mario et son équipe, soit neuf permanents qui encadrent chaque année dix-huit jeunes sans diplômes, issus de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine, accueillis par l’association en contrat d’insertion et formés à la production numérique.

C’est à eux, au plus près de cette réalité, qu’il revient de montrer une autre image des quartiers « difficiles » et des gens qui y résident, à travers les sujets qu’ils choisissent, réalisent et mettent en ligne. Que ce soit sous forme de textes, de vidéos, de clips, de photos ou de BD, le mot d’ordre est le même : mettre l’accent sur l’innovation, faire émerger les talents, booster le tissu associatif et créer de la réflexion sur ces territoires ; bref, avoir toujours en tête la baseline de Banlieues créatives : Pour le meilleur et pour le dire ! « N'importe qui peut proposer un sujet, ceux qui sont de passage comme les permanents, rajoute Mario. Il n'y a pas de comité de rédaction avec des règles fixes. Parfois aussi, c'est l'actualité qui dicte le sujet. »

Développement de compétences et retour d’expérience

Entre la réalisation d’un sujet et sa mise en ligne, les jeunes retournent régulièrement sur le terrain, en situation de reportage, pour se confronter aux métiers du journalisme. Chemin faisant, ces « nouveaux » médiateurs ont affiné leurs compétences, affirmé leur réflexion à partir de cette expérience. C’est ainsi qu’ils ont développé en 2017 les Sites Rassembleurs, une série de vidéos encourageant les actes citoyens, comme mettre les détritus dans les poubelles. « À Antony, on a entouré à la craie les chewing-gums ou les mégots jetés par terre et on les a filmés, raconte Yacine, 19 ans, originaire de cette cité et passionné de son. Pour les vidéos, nous avons aussi enregistré quelques musiques pour les ajouter au montage. »

Parmi ces jeunes, certains, comme Jonathan, infographiste, ou Angèle, ancienne bénévole désormais en contrat d’alternance en 3D, ont déjà un très haut niveau de créativité et de connaissances techniques. Ils en viennent même désormais à former certains des jeunes qui arrivent dans le chantier d’insertion. « Mais ce ne sont pas des journalistes, ni des graphistes, rappelle Mario. Ils n'ont pas fait Sciences Po ni les Gobelins, ils ne sont pas formatés et apportent leur propre vision des choses. Ce regard frais est très important pour les clients qui viennent solliciter Permis de Vivre la Ville. » Autrement dit : ces jeunes dont la plupart des entreprises, agences ou entités culturelles publiques n’auraient pas même regardé le CV avant leur travail pour l’association et la plateforme Banlieues créatives épatent bien souvent « a posteriori » ces mêmes « clients » par leurs compétences, ainsi que la vitalité et la fraicheur de leur regard. Loin des discours attendus, la parole des jeunes des cités pour souligner l’ingéniosité des quartiers s’avère une réelle valeur ajoutée : c’est elle qui fait la force de Banlieues créatives.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Banlieues créatives a réalisé plus de 180 sujets « numériques » en six ans.

Plus de 50 jeunes en formation y ont travaillé et pour certains d’entre eux y contribuent encore à des vidéos, des entretiens ou des sujets de tous formats.