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Deux associations de Seine-Saint-Denis, Garances et Inser’Éco93, ont mis en place le « premier outil financier solidaire du département », le Fonds d’avance remboursable. Le Far prend la forme d’une avance financière à taux 0, réservée aux acteurs de l’économie sociale et solidaire.

1. Les acteurs

Fruit de deux ans de réflexion entre Garances Seine-Saint-Denis Active et Inser’Éco93, auxquelles s’est associée la Fédération des œuvres laïques (Fol 93), le Fonds d’avance remboursable (Far) a vu le jour le 17 octobre 2017. Il propose une aide financière aux associations, fondations et autres entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) de Seine-Saint-Denis, notamment les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), qui travaillent avec des publics éloignés de l’emploi.

Des structures publiques ont abondé le fonds lors de sa création – le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, les établissements publics territoriaux Est Ensemble et Plaine Commune – ainsi qu’un acteur privé, Air France, qui a également créé un fonds d’ingénierie pour aider les bénéficiaires à se structurer et à mener à bien leurs missions.

2. Le FAR, c’est quoi ?

Il s’agit d’un financement innovant, car il répond à un besoin qui n’est pas couvert pour l’heure : proposer aux acteurs de l’ESS une avance de trésorerie à taux 0, à très court terme et très rapidement mobilisable, de l’ordre de 5 000 à 30 000 euros. La possibilité d’intervention du fonds est décidée dans les 72 heures qui suivent la demande, et la réponse définitive donnée peu après. « En un mois, on peut avoir débloqué l’argent nécessaire », indique Angélique Rose, directrice de Garances 93.

Dès la décision connue, le fonds est disponible. Mais attention : il doit impérativement être remboursé dans les six mois. Un contrat est signé avec l’association demandeuse, qui s‘engage à rembourser – l’obtention du prêt est d’ailleurs liée à cette capacité de remboursement.

« Le Far n’est pas qu’une aide financière, résume Justine Giraud, cheffe de projet d’Inser’Éco93. Il doit être une impulsion pour un nouveau départ. »

3. Une réponse à un besoin de l’ESS

Le financement du court terme est très insuffisant dans l’économie sociale et solidaire. Le Far a pour l’heure aidé des structures qui rencontraient des difficultés passagères ou qui avaient des besoins d’investissement à court terme (réponse à un marché, aménagements, achats), ou encore se trouvaient en attente de financement (subventions notamment).

Répondre aux problématiques financières n’est cependant pas le seul objectif du Far. L’attribution de fonds s’accompagne en effet d’une analyse des besoins globaux de la structure demandeuse, afin de lui offrir l’impulsion d’un nouveau départ grâce à un suivi et un accompagnement renforcés.

Pour bénéficier du Far, l’organisme demandeur doit remplir trois conditions : intervenir dans un domaine d’utilité sociale de l’ESS (notamment l’insertion par l’activité économique, IAE) ; être domicilié en Seine-Saint-Denis ; être une structure employeuse.

4. Un contexte pesant

Le Far est d’autant plus précieux qu’il intervient dans un contexte difficile pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire. La diminution des fonds publics et les décalages de versement des subventions – « de janvier à septembre, octobre, voire novembre parfois », précise Justine Giraud – entraînent une dégradation des finances des associations, obligées de mobiliser leurs fonds propres, voire de licencier du personnel ; la perte récente des emplois aidés et la concurrence de grosses structures associatives, qui se positionnent sur les mêmes marchés que les petites associations, fragilisent considérablement ces dernières.

Quant aux banques, « l’aide » qu’elles proposent s’avère extrêmement coûteuse. « Avance de trésorerie, autorisation de découvert, prêt à court terme comme le Dailly (qui est une mise en gage par l’association de la convention de financement public qui tarde à lui être versé, la banque avançant dès lors la subvention mais prenant des taux d’intérêt très importants) : beaucoup de structures se retrouvent avec des frais bancaires très élevés », déplore Angélique Rose.

Il convient désormais, estiment les deux responsables associatives, de trouver d’autres financements, notamment privés. Or, leur recherche demande des compétences qui ne font pas partie de l’ADN des associations. Elle exige plus de prestations à réaliser – « solliciter des fondations, par exemple, prend un temps fou » –, plus d’expertises, donc des équipes plus nombreuses et plus de matériel… et donc, plus de moyens ! « Mais tout le monde se tourne vers le privé, prévient Justine Giraud. Il y aura donc moins d’élus parce que la part de gâteau (le montant des subventions, ndlr), elle, reste la même. »

5. Quelles perspectives ?

Après un an de fonctionnement, le bilan du Far s’avère très mitigé. Le fonds de 160 000 euros dont il a été doté lors de son lancement est insuffisant : il n’a permis d’aider, en moyenne, qu’une structure par mois, pour un montant maximal de 30 000 euros à chaque fois. Loin de ce qui était souhaité par les créateurs du dispositif au départ – une aide jusqu’à 60 000 euros. Les acteurs du Far espèrent tout de même aider deux fois plus de structures en 2019, et augmenter le montant de leur aide, pour mieux « s’adapter aux réalités des structures ». Espoir ou vœu pieu ? Les associations créatrices du Far dépendent, elles aussi, de subventions…

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Le Fonds d’avance remboursable a vu le jour le 17 octobre 2017.

Il propose aux acteurs de l’ESS une avance de trésorerie à taux 0, à très court terme et très rapidement mobilisable, de l’ordre de 5 000 à 30 000 euros.

Le fonds de 160 000 euros dont a été doté le FAR lors de son lancement est insuffisant : il n’a permis d’aider, en moyenne, qu’une structure par mois, pour un montant maximal de 30 000 euros à chaque fois.