Dossier / Empowerment

Covid-19 : Un mois de mobilisation des makers

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À la mi-avril 2020 chez Volumes, espace de coworking près de la Place des Fêtes dans le 19ème arrondissement de Paris, six bénévoles montent en cinq heures 500 visières « Folded ». C’est le designer Aruna Ratnayake qui a conçu cette visière : on la produit à la découpe laser puis on la monte en moins de deux minutes. ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier

Toujours partant pour fabriquer quelque chose, équipés d’imprimantes 3D et de machines pour produire, rodés aux plates-formes de collaboration sur Internet, les makers se sont mobilisés avec leurs communautés contre le Covid-19 comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Ces bricoleurs et bidouilleurs de l’époque numérique se sont avérés bel et bien utiles face à la pénurie de matériel médical durant le confinement. Mais comment est-on passé en moins d’un mois de la bonne volonté de gens éparpillés dans toute la France à une coordination efficace pour aider au mieux les personnels soignants, et plus généralement tous les premiers de corvée ?

D’abord un chiffre : plus de 300 000 visières anti-postillons ont été produites et livrées aux personnels soignants ou exposés en France en un mois de confinement par la mobilisation citoyenne du vaste public de ceux qu’on appelle les makers. Cette distribution aussi spontanée qu’efficace de visières a révélé les possibilités du monde de la fabrication numérique.

Derrière cette mobilisation se trament bien souvent de belles histoires de solidarité, au pluriel du collectif. Ainsi en Essonne, sous l’impulsion de l’imprimeur Anthony Seddiki, un large groupe Visières Solidaires se constitue dès le 21 mars via les réseaux sociaux : au 12 avril ce groupe avait à lui seul livré 172 000 visières. Seddiki a été distingué de deux médailles : la première de l’Hôpital des Armées de Bégin et la seconde de la gendarmerie aérienne.

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Chez WoMa, fablab du 19e arrondissement de Paris qui se définit lui-même comme une « fabrique de quartier », des bénévoles créent et montent eux aussi des visières « Folded ». ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier

 

Quelques exemples parmi bien d’autres peuvent donner une idée de la diversité de ces actions de mobilisation, ainsi que de la façon dont elles se concrétisent… En Guadeloupe, le Fablab de Jarry s’engage dès le début du confinement dans le développement d’un Respilab, un modèle de respirateur d’urgence que ses acteurs veulent rendre viable pour sauver des vies dans des territoires des Caraïbes où le manque de matériel est criant. À Nice, une famille dont l’enfant de 14 ans est immunodéprimé suite à une longue maladie cherche des visières en perspective du déconfinement et témoigne de son isolement auprès du magazine Makery : celui-ci les réoriente vers les groupes Facebook Visières Solidaires et Street maker de Nice… qui leur fournit ce dont ils ont besoin. À Paris, un jour de la mi-avril, ce sont les vélos-cargos solidaires de l’association Carton Plein qui livrent les soignants en divers matériel collectés par les makers de la plate-forme Makerscovid.Paris, et ce sont 200 visières qui arrivent à la Maison des aînés et des aidants, qui leur avait passé commande quelques jours auparavant. Et cette mobilisation touche toutes sortes de lieux : dans le 20e arrondissement parisien, la médiathèque Marguerite-Duras s’est ainsi transformée en micro-usine de machines à coudre pour produire des masques et des blouses…

Un monde hétérogène uni devant l’urgence

Les exemples se comptent donc par centaines, à l’image d’un monde de la fabrication numérique plus vaste qu’il n’y paraît. Il y a d’abord les makers individuels, ces bricoleurs convertis à l’électronique et au numérique qui disposent d’une ou de plusieurs imprimantes 3D à leur domicile. Ils sont bien souvent adeptes des tutoriels de Youtubeurs, comme ceux de Monsieur Bidouille ou de la makeuse Heliox. Il y a ensuite les fablabs, ces espaces dédiés à l’expérimentation et à l’apprentissage qui animent des ateliers équipés d’une plus grande variété de machines, de l’imprimante 3D à la machine de découpe laser en passant par la découpe vinyle, les fraiseuses et friteuses, comme les établis de bricolage plus traditionnels.

Dans le même esprit, il y a aussi les ateliers de fabrication numérique d’IUT (Institut universitaire de technologie), d’écoles de design, d’architecture ou d’arts décoratifs comme l’ENSCI les Ateliers ou l’ENSAD à Paris. Puis il y a le monde des TPE-PME, de la fabrication numérique professionnelle ou encore les fablabs d’entreprise. Ils proposent habituellement des services commerciaux ou participent au prototypage de produits d’entreprises. Enfin il y a les professionnels de l’impression 3D médicale, en dentisterie par exemple, qui ont la capacité de certifier médicalement du matériel. Ce large ensemble d’acteurs de la fabrication numérique, souvent éloignés les uns des autres et avec des démarches très disparates, prend conscience dès le début du confinement de sa capacité à pouvoir rapidement aider la mobilisation nationale contre la pandémie.

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Au SimplonLab, rue Serpollet dans le 20e arrondissement parisien, après les masques, les bénévoles se lancent désormais dans la production de « surblouses ». ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier

Une plate-forme d’entraide partagée

Dès les premiers jours, les makers veulent se rendre utiles. Oui, mais comment faire ? Côté makers individuels, confinés, le youtubeur Monsieur Bidouille publie très vite un message sur Twitter pour savoir s’il y a des initiatives qui se montent pour rassembler les makers qui souhaitent aider. Le message passe auprès de sa large communauté. Une plate-forme en ligne, « Entraide Maker », hébergée sur le service Discord, apparaît et réunit très vite un grand nombre d’acteurs sur la toile. Une réunion quotidienne s’y met alors en place, chaque matin, pour évaluer comment les makers peuvent aider les personnels soignants ou exposés. Des centaines de personnes s’y inscrivent tout de suite. On y partage et discute de la production de gel hydro-alcoolique à partir de la recette de l’OMS, ou encore des premiers modèles de valves imprimés par des makers en Italie.

De nombreuses solutions de masques basées sur l’impression 3D circulent. Mais, sans l’appui d’une autorité de validation, il semble encore difficile d’évaluer lesquels sont sûrs. À Grenoble, le CHU a validé dès le 18 mars un modèle de « masque barrière » en tissu qui circule déjà dans toute la France, malgré les propos parfois contradictoires du gouvernement. Puis c’est le 27 mars que l’AFNOR, Association française de normalisation, publie sur son site un modèle certifié de masque barrière avec un ensemble de tutoriels avec patrons. Le modèle devient dès lors le standard pour tous les makers, couturières et couturiers.

Visières hors-norme certifiées conformes

Parallèlement, Prusa, le constructeur d’imprimantes 3D tchèque, publie dès le 19 mars et en open source des plans 3D de visière anti-projection. « Une visière ne remplace pas un masque, mais vient en complément, argumente-t-il. Cela permet de limiter les projections de gouttelettes. » En somme, un outil qui s’avère utile pour le personnel hospitalier et les autres personnels exposés au public (commerces alimentaires, etc.). Il aura l’intelligence de documenter ces visières avec un protocole sécurisé pour les nettoyer, pour les emballer et les livrer.

À Paris, l’initiative universitaire 3D4Care, pilotée par des enseignants-chercheurs, des praticiens de l’AP-HP et un important réseau d’ingénieurs, valide le modèle. Philippe Juvin, le chef des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou de Paris, explique aux télévisions nationales l’intérêt de ces visières et autres équipements de fortune, jusqu’à la customisation des masques de plongée Décathlon. La presse régionale salue les initiatives solidaires entre makers et soignants, et en quelques jours les fablabs et groupes de makers sont très vite submergés de commandes. Les hôpitaux, les EHPAD, la police, la gendarmerie, les commerces de première nécessité passent des commandes allant de centaines à plusieurs milliers de visières.

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Fabrique de visières au makerspace Mon Atelier en Ville dans le 2e arrondissement de Paris. Elles sont ensuite envoyées dans des hôpitaux parisiens. La visière n’y remplace pas le masque, mais s’y ajoute pour plus de sécurité, en complément. ©© Makerscovid.Paris

Organiser la production et la distribution

Comment répondre à cette demande énorme ? Comment organiser en quelques jours une chaîne de production capable de distribuer des centaines de milliers de visières ? Là encore, la solution s’impose d’elle-même : la proximité locale est la plus efficace. Les groupes Facebook spontanés qui comptent rapidement des milliers de membres, comme celui d’Anthony Sedikki, ou Makers contre le Covid initié par le maker du Loire-et-Cher Yann Marchal, se déclinent alors par villes ou par départements. Car localement, il y a toujours quelqu’un qui connaît un proche dans un établissement hospitalier dont le personnel a des besoins.

Ensuite, des personnes ressources, des associations, des enseignants du supérieur, des ateliers, des tiers-lieux, des fablabs prennent le relais et contactent les hôpitaux, les EHPAD, les services et entreprises exposés, pour organiser les chaînes logistiques de proximité. Des plates-formes Internet de mise en relation des fabricants et des personnels exposés se mettent également en place. L’équipe de la youtubeuse Heliox monte ainsi en quelques jours de mars la plate-forme Covid3D.fr pour organiser la distribution de visières. Au 23 avril 2020, plus de 80 000 visières ont été distribuées rien que via cette plate-forme.

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Noël, de l’Atelier des amis dans la 17e arrondissement de Paris, est sur son vélo-cargo pour livrer des visières à l’Hôtel-Dieu, à la Pitié Salpêtrière et à la Maison des aidants et soignants du Pôle Santé Paris 13. Un exemple parmi beaucoup d’autres de l’engagement de nombreux bénévoles pour le monde de la santé en pleine crise sanitaire. ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier.

Partages d’expériences et échanges au-delà de la France

De leur côté, près d’une centaine de fablabs sur le territoire s’organisent également. Les plans de visières Prusa sont réutilisés, modifiés, mis à jour. Cela essaime sur toute la planète et des versions à clips, à trous, à la découpe laser, pour différents types d’usage, voient le jour. Le Réseau Français des Fablabs, fédération nationale, organise la coordination et le partage de bonnes pratiques entre les lieux équipés en matériel de fabrication. Dès les premières semaines du confinement, il se fait le relais des méthodes de structuration entre fabricants, pouvoirs publics et soignants dans les territoires, et aide à la réorganisation des ateliers en micro-usines, dans le respect des gestes barrières.

Ce réseau propose également un processus-cadre débordant du cadre soignant pour adresser la société civile (services et commerces essentiels), structure le partage de bonnes pratiques avec des correspondants régionaux, et prépare la transférabilité aux pays du Sud, notamment en lien avec l’Afrique francophone et les réseaux de fablabs de Ouagadougou, du Bénin, du Cameroun, etc. Il soutient la mise en place par des bénévoles d’une base de connaissances à vocation internationale pour les makers : covid-initiatives.org. Ils aident aussi au développement d’une plate-forme nationale de distribution, Fabricommuns.org, qui s’appuie sur le système logiciel de la plate-forme Makernet, une sorte de « uber » alternatif pour la fabrication numérique.

Néanmoins, devant la multiplication des plates-formes de mise en relation (nationales, régionales, locales), le Réseau français des Fablabs s'inquiète des potentielles difficultés pour accéder au matériel. Ainsi l'AP-HP choisit le nom de domaine covid3d.org alors que la Youtubeuse Heliox a déjà monté et anime la plateforme Covid3d.fr. Difficile d’échapper à quelques « ratés » face à l’urgence : les groupes Facebook ou Youtube spontanés se sont organisés sans véritablement chercher à passer par des pouvoirs publics ou structures formelles. Soucieux de préserver leur indépendance, leur réflexe a été de créer leurs propres associations. Une tribune commune initiée par le Réseau français des Fablabs et Makery vient alors pointer le manque de réaction des pouvoirs publics pour permettre une meilleure coordination. Le besoin d'un observatoire des makers se fait sentir en France. Fin avril, la situation s'est néanmoins améliorée : régions, départements et municipalités répondent aux besoins de cette mobilisation en fournissant matériel et matières premières aux makers et fablabs, tandis que se créent de nouvelles plateformes institutionnelles de mise en relation, comme en Région Centre-Val de Loire.

De son côté le Réseau fait désormais la synthèse des nouvelles demandes – au-delà des visières – qui se manifestent du côté des soignants. Ces derniers manquent de blouses, de croche-poignées, de fixations de masque, d’adaptateurs médicaux, de pousse-seringues. Le manque d’une simple et unique pièce peut tout bloquer. Des demandes en urgence de services hospitaliers remontent tous les jours sur la plate-forme Mattermost du Réseau Français des Fablabs. Les makers répondent au plus près de la demande technique de proximité. Le hackerspace Electrolab de Nanterre se lance ainsi dans la conception d’un pousse-seringue avec la Pitié-Salpêtrière.

Les makers fédèrent d’autres acteurs solidaires

À Paris, une plate-forme, Makerscovid.Paris, naît à l’initiative de l’association Fab City Grand Paris. Elle fédère désormais près de 70 lieux de fabrication et 90 volontaires. Elle a notamment livré l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, la Pitié-Salpêtrière, l’hôpital Robert-Debré, l’hôpital Saint-Louis, certains EHPAD, commerces et services de la Ville de Paris. La distribution dans la capitale s’organise en partie avec les vélos-cargos et les « cyclo logisticiens » de Carton Plein – dont l’un des engagements est d’aider à l’inclusion sociale et professionnelle des personnes les plus éloignées du travail : sans logement, sans qualification, sans revenus suffisants, etc. Carton Plein planifie la livraison de matériel pour les personnels soignants et exposés, mais également de la matière première plastique pour les fablabs et les lieux de fabrication.

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Chez Carton Plein, dans le 11ème arrondissement à Paris, on prépare le chargement de livraisons de matière première plastique pour le fablab Villette Makerz. ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier.

 

Les fabricants professionnels ne sont pas en reste. Des imprimeurs commerciaux répondent présent avec leurs machines dès le début du confinement. L’association Fab & Co, association française des responsables des fablabs à vocation industrielle, se mobilise pour coordonner la diffusion de bonnes pratiques et transmettre les plans et designs des makers individuels, issus de groupes spontanés, à des acteurs industriels qui ont la capacité de produire plus massivement à terme. En Aquitaine par exemple, Domalys, entreprise qui conçoit et crée des équipements pour personnes dépendantes, le fabricant plastique CDA Développement, celui de matériel de manutention Secatol, le métallurgiste Metaleo et le spécialiste du mobilier urbain Seri récupèrent les plans open source des makers pour créer des moules et produire industriellement des milliers de visières de protection.

L’organisation de la validation des modèles

En Bretagne, l’agence Bretagne Développement Innovation lance également début avril une plate-forme pour valider des modèles. Elle est initiée par l’entreprise SLS France, spécialisée dans le développement de dispositifs médicaux, avec l’appui du Rehab Lab du centre de rééducation Kerpape de Ploemeur, et la participation de l’ensemble des fablabs bretons. La plate-forme coordonne toutes les entreprises, fablabs et autres experts en matériaux et impression 3D présents en Bretagne. Comme précisé sur leur site Internet, le réseau « propose de produire par impression 3D des produits de substitution sous réserve d’échanges étroits et de covalidation avec les professionnels de santé pour leur développement, selon des bonnes pratiques adaptées aux usages, pour répondre aux besoins urgents non pourvus uniquement en l’absence de produits homologués en stocks et quand la production de ceux-ci n’est pas possible ». Il peut ainsi coordonner la chaîne recherche-prototypage-validation-production-distribution.

Cette plate-forme donne de l’espoir, tout comme celle que lance l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) au tout début avril. L’AP-HP a la capacité d’auto-certification. Avec sa plate-forme Covid-3d.org et la construction d’une micro-usine de 60 imprimantes 3D à l’Hôpital Cochin, l’institution homologue désormais, au fil de l’eau, des modèles sans brevets issus de la recherche ouverte pour les diffuser avec des spécifications de fabrication et de distribution sécurisées. Son chargé de développement, Philippe Cochin, s’intéresse notamment aux plates-formes internationales de science ouverte, qui lancent des challenges d’urgence Covid-19 auprès d’ingénieurs, scientifiques, biologistes, hackers, makers et designers d’équipements médicaux dans le monde entier.

Des plates-formes références pour la coordination des objectifs

En effet, une grande partie des modèles issus de la conception rapide passent par la plate-forme Helpful Engineering pour tout ce qui demande des capacités techniques. Ce hub est devenu un centre de gravité international, relativement bien structuré pour la création de modèles. En ce qui concerne la mobilisation efficace des communautés de recherche et de prototypage francophone et son applicabilité pour le secteur d’urgence, la plate-forme de recherche distribuée Just One Giant Lab, lancée par Thomas Landrain – également co-fondateur de La Paillasse à Paris – s’est montrée très vite extrêmement réactive, efficace et bien positionnée. JOGL a ainsi lancé dès le 1er mars l’initiative OpenCovid19, deux semaines avant l’entrée en confinement de la France. Forte de son réseau international construit dans la communauté mondiale de la biologie associative (en lien avec la Community Biotechnology Initiative du MIT, les réseaux iGEM et DIYbio) la plate-forme JOGL a tout de suite pu mettre en action ses compétences distribuées.

Soutenu par la Fondation AXA pour la recherche, JOGL est aujourd’hui référent pour la plate-forme Covid3d de l’AP-HP et distribue des mini-bourses à des projets de recherche distribuée. La plate-forme coordonne ainsi l’organisation de hackathons, c’est-à-dire de journées de recherche réunissant une grande variété de compétences, sur les priorités médicales, sur l’extraction de listes courtes de modèles à proposer à la validation, ainsi que sur la diffusion des préconisations pour préserver la santé de tous les acteurs. L’efficacité, la sûreté d’un modèle sortant de ces plates-formes, dont le prototype a été fabriqué par un fablab, peuvent désormais être mesurées scientifiquement et médicalement par l’AP-HP. Si validé, il peut ensuite être rediffusé rapidement sur la totalité de la chaîne des bonnes volontés de terrain de la fabrication distribuée. Ce processus pourrait devenir structurant sur toute la France…

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Tournée de livraison de masques par le fablab textile Homemakers. Dans le 15e arrondissement de Paris, une quinzaine de bénévoles s’y relayent pour fabriquer masques et blouses. ©© Makerscovid.Paris - Quentin Chevrier.

Des modèles open source à suivre…

Tous ces exemples démontrent le rôle crucial de l’ingénierie et de la science ouvertes en matière de réponse rapide à l’urgence pandémique, tant et si bien que ce précédent peut être extrêmement fondateur pour les pays du Sud. Là où l’on cherchait autrefois à financer un appareillage médical vendu à prix d’or et non réparable sur place, existe maintenant l’espoir d’une appropriation, d’une « refabrication » ou d’une adaptation aux contextes locaux par le partage de plans, le design distribué ouvert et la fabrication optimisée par rapport aux ressources disponibles sur place. C’est potentiellement plus rapide, moins cher, cela facilite l’accès au matériel de santé et donc l’accès au soin.

La distribution de la recherche et de la formation permettrait même de partager des améliorations entre différents pays. Développer des outils abordables sur ces principes fondateurs pourrait ainsi transformer l’orientation diagnostique, la pratique de la médecine voire de la biologie, et puis renforcer l’équité d’accès aux soins et à l’autonomie. Il est sans doute trop tôt pour tirer toutes les leçons de cette organisation dans l’urgence d’une telle multitude d’initiatives. Quoi qu’il en soit, elle a permis de répondre à certains des besoins – pas tous bien sûr – auxquels l’État et ses institutions avaient du mal à faire face. La crise sanitaire du Coronavirus a dévoilé l’immense potentiel de la fabrication par des acteurs de la société civile d’outils de médecine et de protection de soignants et d’autres personnels. Les expériences de living labs, ou d’autres comme celle de l’association EchOpen, en prennent d’autant plus de valeur. Mais au-delà de la coordination des initiatives en urgence qui s’est avérée cruciale en cette période de crise sanitaire, qu’en retenir pour le futur en matière de solidarité avec une pluralité d’acteurs dans le secteur de la santé ?