Dépasser le handicap et reprendre confiance : une aventure en 3D

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Laurent, habitué de l’atelier 3D, avec Adrien Duverger (à droite), l’ergothérapeute, devant les imprimantes 3D qui ont été reçues en kit et montées par les participants eux-mêmes.
©© Mathieu Oui

L’atelier d’impression 3D du Centre de réhabilitation psychosociale de la Tour de Gassies, près de Bordeaux, aide des adultes souffrants de troubles psychiques à développer leur autonomie et à reprendre confiance en eux.  Il leur permet en effet de créer des objets nécessaires au quotidien des patients du Centre de médecine physique et de réadaptation, hébergé au même endroit. Un lien se crée ainsi, pour le mieux-être de tous, entre deux formes de handicap.

Comme tous les lundis après-midi, Laurent retrouve Florent, Léo et les autres participants de l’atelier 3D au sein du Centre de réhabilitation pyschosociale (CRPS) de la Tour de Gassies, à Bruges près de Bordeaux. Trois fois par semaine, ce groupe de jeunes adultes se retrouve dans cette grande salle du rez-de-chaussée.

Alors que ses collègues finalisent sur un écran la modélisation de pièces détachées pour un fauteuil roulant, Laurent imprime une série de clips qui serviront à empiler des caisses de rangement. L’atelier menuiserie du CRPS, qui se trouve juste à côté, en est le commanditaire. En quelques mois, le jeune homme est devenu incollable sur le fonctionnement des imprimantes 3D.

 

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Laurent (à gauche) décolle de l’imprimante une pièce qui servira à « clipser » des boîtes de rangement pour l’atelier de menuiserie, voisin de l’atelier de fabrication 3D. ©© Mathieu Oui

 

Ouvert en 2016, cet atelier complète l’offre d’activités (menuiserie, horticulture, sport, etc.) qui vise à développer l’autonomie de patients souffrant de troubles psychiatriques stabilisés. L’objectif : leur permettre une réinsertion sociale ou professionnelle.

Responsable du pôle de réhabilitation psychosociale, Geoffroy Couhet, le psychiatre à l’origine de cette initiative, insiste sur son caractère très complet, tant au plan du renforcement de l’estime de soi que de la concentration ou des compétences acquises. « L’impression en trois dimensions nécessite de respecter tout un processus : du recueil des besoins à la phase de modélisation, prototypage et tests, décrit le médecin. Il faut également respecter un planning, travailler en équipe, s’assurer de la bonne livraison des commandes : c’est un très bon entrainement à la vie en entreprise. »

À la rencontre du handicap physique

L’originalité du dispositif est le partenariat développé avec le Centre de médecine physique et de réadaptation (MPR), également hébergé à la Tour de Gassies. Les patients du MPR souffrent de handicaps physiques à la suite d’accidents de la route ou de maladies neurodégénératives. Pour faciliter leur quotidien, l’équipe s’est lancée dans la réalisation d’accessoires qui sont autant d’aides techniques spécialisées : porte-gobelet, porte-téléphone, crochet d’aide au sondage urinaire, etc.

Avant de modéliser sur un logiciel de 3D les objets dont ils auraient besoin, les patients du Centre de réhabilitation pyschosociale vont à la rencontre des soignants et patients du Centre de médecine physique et de réadaptation, afin d’analyser leur demande.

« C’est une vraie fierté de produire quelque chose soi-même, reconnaît Bruno, ancien patient ayant désormais trouvé à s’insérer dans le domaine de la 3D (cf. plus bas). Quand on souffre d’un handicap, c’est compliqué de se valoriser. Grâce à l’atelier, j’ai pris confiance en moi. Et quand revient une situation plus difficile, que l’on traverse une crise, cela permet de se dire que l’on a des capacités. Malgré la maladie, je ne suis pas contraint à 100 % : je peux faire quelque chose d’utile et me sentir bien. »

 

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Photo de gauche : l’ergothérapeute Adrien Duverger aide l’un des participants à finaliser la modélisation d’une pièce sur un logiciel de conception. À droite : présentation des masques réalisés pour le carnaval de Bordeaux. ©© Mathieu Oui

 

Un accompagnement pluridisciplinaire

Les jeunes adultes sont encadrés par une équipe composée d’un cadre de santé, de moniteurs techniques, d’un ergothérapeute, d’une infirmière, ainsi que d’une assistance sociale. « Qu’ils puissent recueillir eux-mêmes les commandes, puis produire ces aides techniques, est très valorisant, souligne Phylicia Chan Po Woo, l’infirmière. Cela leur permet d’avoir un autre statut, celui d’aidant, ce qui est très important pour l’estime de soi. Souvent, la plainte principale des patients est la perte de confiance en soi et l’incapacité à travailler. »

Le dispositif permet aussi de développer les interactions sociales des patients, celles avec les personnes en situation de handicap physique, mais aussi celles avec les autres participants de l’équipe.

« En tant qu’ergothérapeute, je fais le lien avec les patients du MPR pour clarifier et préciser leur demande, qui est parfois très abstraite, indique Adrien Duverger. Ce n’est pas toujours évident de devoir se représenter certains éléments dans l’espace. »

La médiatisation de l’atelier, récompensé du prix Helioscope de la GMF en 2018, a également été très bénéfique pour les patients comme pour l’équipe encadrante. Cette reconnaissance supplémentaire du travail accompli permet de s’échapper d’une certaine stigmatisation sociale.

Des débouchés multiples

Au fil des mois, les débouchés de l’atelier se sont diversifiés. Le service technique de la Tour de Gassies a également sollicité ses membres pour le remplacement de pièces détachées de lits médicalisés ou de fauteuils roulants. Et en 2020, au cours du premier confinement, l’équipe a réalisé plus de 1000 visières de protection, distribuées à des établissements de soins en Ile-de-France, en Occitanie, et dans les Hauts-de-France. Les membres de l’atelier ont même réalisé des masques colorés pour le carnaval de Bordeaux.

Autre collaboration : celle mise en place avec le Groupement pour l’Insertion des personnes Handicapées Physiques (GIHP). L’atelier a imprimé des petites maisons en plastique qui viennent s’aimanter sur un plateau métallique : ce dispositif aide des personnes souffrant de déficiences visuelles à se représenter leur quartier pour mieux s’y repérer.

 

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Phylicia Chan Po Woo l’infirmière, présente le modèle de visière réalisé par Bruno (photo de droite) et les autres membres de l’atelier. ©© Mathieu Oui

 

En novembre 2020, Bruno a intégré les équipes de l’entreprise adaptée G-ECO, créée quelques semaines plus tôt à Lormont. Cette société a été fondée à l’initiative de Sébastien Lecoq, partenaire de la première heure de l’atelier 3D. Ce dernier travaillait alors au sein de la société Dagoma, qui a fourni des imprimantes et un soutien technique. Depuis le lancement de projet d’atelier d’impression 3D, certains patients ont déjà trouvé du travail dans des entreprises informatiques. Mais la création de G-ECO est encore plus encourageante : dans la continuité de l’atelier, elle va plus loin dans l’intégration de patients vers la vie professionnelle en milieu ordinaire. L’aboutissement ou du moins le symbole de tout un projet…

En savoir plus

Données en plus

12 participants à l’année à raison de 3 fois par semaine.
1000 visières de protection fabriquées durant le confinement.
Cinq anciens patients ont été recrutés en entreprises informatiques et au sein de G-ECO.
Lauréat du prix Helioscope du groupe GMF en 2018, l’atelier 3D a reçu une dotation de 7500 €.

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